Interview - « IDH YUKIN » Les Nuits volubiles de Ahcène MARICHE

Posted on novembre 3, 2003

C’est avec un très grand plaisir que Ahcène Mohamed Mariche nous a accordé cette interview, c’était un plaisir de discuter avec lui, ses poèmes sont d’une beauté, je vous laisse en juger vous-même.

Ahcène Mohamed MaricheK.C : Présentez-vous aux internautes ?

A. M. M. : AHCÈNE MOHAMMED MARICHE, un jeune de 36 ans, poète bilingue Kabyle et Français, natif de TALA TOULMOUTS ( TIZI RACHED ), j’ai à mon actif plus de 160 poèmes, je suis caméraman, animateur de soirées-galas et professeur de physique au collège de Tizi Rached.

K.C : Depuis quand avez-vous commencé à écrire des poèmes ?

A. M. M. : Depuis le lycée, dans les années 1984-1985, à l’époque je travaillais avec HACÈNE AHRÈS comme animateur de galas.

K.C : Avez-vous déjà édité vos poèmes ?

A. M. M. : J’ai terminé mon premier recueil que j’ai intitulé « IDH YUKIN » (Nuits volubiles) et je suis dans l’attente d’un éditeur pour le mettre sur le marché.

K.C : Pourquoi ce titre ?

A. M. M. : La majorité de mes poèmes, je les ai écris la nuit, entre 21 heures et 6 heures, je conçois la nuit comme une personne physique qui me parle, donc, si elle me parle c’est qu’elle est éveillée, c’est pour ça « IDH YUKIN » (Nuits volubiles).

K.C : Parlez-nous de votre ��uvre ?

A. M. M. : C’est un recueil de 32 poèmes, en Kabyle et traduits en Français, ce qui fera un livre de 11 pages.

K.C : Parlez-nous des thèmes que vous y développez ?

A. M. M. : L’amour dans tous ses états, la femme, en général, et algérienne, en particulier, la vérité, les rêves, la société, l’ingratitude, etc …

K.C : Vous êtes scientifique de formation, comment êtes- vous arrivés à faire de la poésie ?

A. M. M. : J’ai eu la chance d’avoir eu un grand-père qui est déjà poète et ma mère qui ne cessait de me chanter et de me border sous les airs de l’« ACEWWIQ » et les anciennes chansons, cela a fait que je ne peux pas être autre que poète. Le fait d’être scientifique m’a beaucoup aidé dans la structure et l’approche dans tous mes poèmes.

K.C : Quelles sont vos sources d’inspirations ?

A. M. M. : Les vicissitudes de la vie quotidienne, ce qui est beau et même ce qui ne l’est pas. En Kabyle, je vous dirai :

Asefru yetsass-ed yezga iseggem

Ur s d tsextirigh lehdhur

D amedyaz degi izedghen

Id iferun yak lumur

D tsigmim iyidtsagem

Seg saridj ma d yetscarcur

K.C : Avez-vous des idoles ?

A. M. M. : Je citerai entre autres : SI MOUHAND OU MHAND, YOUCEF OUKACI, CHIX MOUHAND, A�T-MENGUELLET, BEAUDELAIRE, JULLE ANTOINE, JACQUES BREL.

K.C : Avez-vous des rêves ou des projets qui vous tiennent à c�Â�ur ?

A. M. M. : Éditer ma poésie sur des livres et des cd-roms, écouter un jour ma poésie chantée par des chanteurs de renom, voir un jour l’artiste algérien avec son statut et que cesse le bricolage dans l’art.

K.C : Que voulez-vous dire par bricolage ?

A. M. M. : J’entends parler par bricolage les choses mal-faites sur la scène artistique.

K.C : Avez-vous participer au 1er Festival de poésie YOUCEF OUKACI et SI MOUHAND OU MHAND ?

A. M. M. : Je n’aime pas participer aux festivals car je jugement n’étant pas exact, j’ai toujours préféré le récital poétique.

K.C : � ce jour, y a-t-il des chanteurs qui se sont intéressés à votre poésie ?

A. M. M. : Je viens de donner deux poèmes à un chanteur nommé IDIR BELLALI, il compte en prendre d’autres, les titres sont « D TSILIM AD UGHALEGH » (Je deviendrai ton ombre) et « MAZAL FI DHARREN-IW BEDDAGH » (Je tiens bon).

K.C : Êtes-vous rémunéré pour ça ?

A. M. M. : Pas du tout, je ne demande pas ça, tout le plaisir pour moi est d’entendre mes poèmes chantés.

K.C : Allez-vous passer au stade de parolier si l’occasion se présente ?

A. M. M. : Je préfère concilier les deux, poète et parolier c’est mieux.

K.C : Quelle lecture faites-vous de la politique nationale ?

A. M. M. : La politique étant l’art du mentir, moi le mensonge ne me colle pas, alors je lis entre les lignes.

K.C : Quelle idée vous faites-vous de la poésie kabyle ?

A. M. M. : Elle n’a rien à envier aux autres poésies, et ce, grâce à l’apport des jeunes poètes qui ont su l’enrichir avec de nouvelles données scientifiques surtout contextuelles.

K.C : Comment concevez-vous l’avenir de cette même poésie ?

A. M. M. : Il ne sera que radieux si on limite les dégâts qu’on lui a déjà causés, dans la Kabylie profonde, la poésie reste le maître-mot des citoyens, pour amplifier ses dires on a toujours recours à cette même poésie et dire quelque chose artistiquement est la meilleure manière de la dire. Elle réduit la distance, c’est bien entendre et la cible est bien atteinte.

K.C : On vous laisse conclure ?

A. M. M. : Je terminerai pas vous remercier pour cette chance que vous venez de m’offrir, j’espère que ce qui appartient à MASENSEN lui reviendra un jour, que les Kabyles de toutes les contrées du monde s’unissent pour le meilleur de notre cause et que la vérité se frayera son chemin.

K.C : Tanemmirt-ik !

A. M. M. : Tanemmirt s tusda nagh ula s isuka !

Voici un poème trilingue (Kabyle, Français et Anglais) intitulé « Tidets » (La vérité) , tiré du recueil « IDH YUKIN » (Nuits volubiles) de Ahcène Mohammed Mariche :

Version kabyle :

Tidets

Yeqqar-ed wemdan tidets

Acu werdjin s lekmal

Azgen seg-s ay gtets

Negh xas ini idhal

I tsxidhi-yas ula tsafawets

Netsat aâdil ur ts-iddal

***

Tidets tecba aman

Wehdes id-teffal abrid

Xas d lesnin i gâeddan

Ur ts-yetsali sdid

Tetsfedjidj bhal itran

Netsradju-ts am aggur n laid

***

Xas madhi ay testsughebba

Negh gren-ts gher lbir

Yibbwas ad-tili ssebba

Am zzit f aman ad-tifrir

Wi yeskiddiben ur iceffu ara

U leqrar yiss ad-iqir

***

Awal yecba di tersest

Mi d-yeffegh ur yetsughal

Ad yessenger di taddart

Yezmer a ten-yesemlal

Tikwal-is yecba taâefert

Tikwal d lwerd amellal

***

Sekra bbi yessuguten awal

Ur yehtam ghef i d-yeqqar

Ur t yesâedday deg ugherbal

D areqqaq negh d imcercer

D lhemm kan i s-d yetsnawal

Tamara fell-as ad yesber

***

Fella-as ad yekkat ddel

D ccercrat bhal lehwa

Mi d idh s nndama idel

Yerna a t-tezzuzun lehya

Allen-is ad yezgu a-tent yemdel

D aqerru-s u yreffed ara.

Version française :

La vérité

L’être dit la vérité

Mais jamais dans sa totalité

Mangeant toute une moitié

Et même plus pour tout gâter

Plus encore, il en coud des bouts et les collait

Qu’un grosse toile ne peut dissimuler

***

La vérité est pareille à l’eau de roche

Se frayant un chemin sous la pierre serrée

Même après des années pleines d’encoches

Elle ne sera point altérée

Elle brillera pareille à des étoiles clairsemées

Attendue telle un jour à célébrer

***

Est-elle dissimulée ?

Ou au fond d’un puit précipitée

Un jour, un motif y’aurait

Telle l’huile sur l’eau, elle va s’étaler

Le menteur a courte mémoire, il oubliait

Il finira par tout avouer

***

La parole est telle une belle sortie

Ne pouvant faire demi-tour une fois partie

Pouvant anéantir un village en une nuit

Ou le réunir dans le même lit

La parole est parfois pareille à l’ortie

Et parfois fleur blanche et pareille au lis

***

Le beau parleur

Inconscient de ses dires, beau discoureur

Ne sachant filtrer ses discours pour ses auditeurs

Entre petites ou grandes mailles du trieur

Cela pour son malheur

Il doit assumer quand viendra son heure

***

Il se rendra objet d’infamie

Se déversant sur lui en torrent de pluie

� l nuit tombée, il fera place au regret

Couvert d’ignominie et d’indignité

Gardera les yeux baissés

Et la tête bassement penchée.

Version anglaise :

The truth

The being says the truth

But never in its entirety

Eating all a half

And even more to spoil the whole

More over, he sews and sticks pieces

A rough cloth can’t conceal

***

The truth is like water

Forcing once way under the tight rock

Even after years full of notches

She won’t be altered

She will shine like scattered stars

***

Is she concealed ?

Or at the bottom of a well

One day grounds will be

As oil on water, she will stretch out

The liar has short memory, he will forget

In the end he will confess

***

The word is like a shot

Unable to go sack once go

Can destroy a village in a night

Or gather it in the same bed

The word is sometimes like the nettle

And sometimes white flower as lily

***

The fine talker

Thoughtless of his saying, the fine talker

Without filtering his speech to his audience

Among small or big stitches of the sorter

This for his misfortune

He must assume when his hour will came

***

He will make himself object of infamy

Pouring on him in streams of rain

At falling night, he will let place to regret

Covered with indignation and ignominy

Will keep eyes down

And head bent meanly.

Entretien et transcription : Djamel BEGGAZ

Tizi Ouzou - Kabyle.com - Djamel BEGGAZ - 30 10 2003

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